Cataldi Madonna, l'une des plus belles réalités viticoles d'Abruzzes, se trouve près d'Ofena, dans ce qu'on appelle le Forno d'Abruzzo. C'est un petit plateau en forme d'amphithéâtre situé juste en dessous du Calderone, le glacier le plus méridional des Apennins. Cette position particulière de la cantina fait en sorte que l'air qui souffle depuis la montagne rafraîchit les torrides journées estivales, lorsque les températures dépassent les 40°C, favorisant des écarts thermiques très propices au développement des arômes dans les raisins.
Le domaine est situé dans une enclave abruzzaise qui, historiquement, a été liée à la dynastie des Médicis. Il commence à produire du vin dans les années 1920, mais n'embouteille que depuis un peu moins de quarante ans grâce à Antonio Cataldi Madonna, le père de l'actuel propriétaire. Les quelque 30 hectares de vignes sont situés à environ 400 m d'altitude et sont cultivés principalement en cépages autochtones tels que le Montepulciano, le Pecorino et le Trebbiano, qui dans cette zone expriment leurs meilleures particularités. La production s'établit autour de 250 000 bouteilles.
C'est à l'enoteca Trimani de Rome que nous avons rencontré Luigi Cataldi Madonna, universitaire en philosophie rappelé vers une terre en laquelle il croit fermement depuis un quart de siècle. À ses côtés, l'œnologue Lorenzo Landi, consultant du domaine et artisan des vinifications en réduction.
Et avec eux, nous avons dégusté un échantillon représentatif de la production du domaine, composé de 5 splendides vins :
- Il Pecorino Giulia 2013 ;
- Il Pecorino 2011 ;
- Il Cerasuolo d'Abruzzo 2013 ;
- Il Montepulciano d'Abruzzo Malandrino 2012 ;
- Il Montepulciano d'Abruzzo Tonì 2010.
Voyons-les en détail.
1. le Pecorino Giulia a été dédié à la fille de Luigi, qui s'apprête à entrer dans le domaine. Il est produit à partir d'une vigne de plantation récente (une douzaine d'années seulement), avec une densité de 5 000 pieds par hectare et un rendement de 80 q/ha. En cave, une cryo-macération est effectuée à des températures proches de 0°C afin de permettre la meilleure extraction des arômes. Le raisin Pecorino est riche en substances du groupe des mercaptans qui, lors de la vinification des raisins en réduction – donc en l'absence d'oxygène – sont transférés dans le vin, lui conférant un profil gustatif et olfactif distinctif. Le vin se distingue par des parfums d'agrumes, de pamplemousse, de fruit de la passion, de fleur de genêt et d'herbes aromatiques. En bouche, une vivacité fraîche et saline laisse le palais net. Vin d'antipasti ou de préparations à base de poisson.
2. le Pecorino du millésime 2011, à la différence du Giulia, est produit à partir de vignes d'une vingtaine d'années, avec une densité de plantation de 2 600 pieds par hectare et un rendement de seulement 60 q/ha. La cryo-macération et la vinification en milieu réducteur sont très similaires à celles suivies pour la production du premier échantillon. Le vin séjourne ensuite pendant plusieurs mois en bouteille avant d'être mis sur le marché. Le profil du produit se caractérise par la présence de notes plus profondes et minérales qui, avec le temps, évolueront vers des tonalités d'hydrocarbures. Vin de caractère qui accompagne très bien des plats de mer tout aussi importants, comme par exemple un turbot en croûte de pommes de terre.
3. le Cerasuolo d'Abruzzo est par définition le vin de la tradition abruzzaise. Soumis à une cryo-macération, il fermente à 15–18°C en contact avec les peaux pendant quelques heures, avant la séparation du moût de celles-ci. Avec sa couleur cerise cristalline caractéristique, au nez on perçoit des notes de fruits rouges, de fraise, de framboise, suivies d'une finale florale de rose assez persistante. En bouche ressort l'acidité qui rend le vin particulièrement adapté à être servi tout au long du repas. À mon avis, il se marie bien avec l'onctuosité des fritures.
4. le Montepulciano d'Abruzzo Malandrino est élaboré avec des raisins provenant de plusieurs vignes plantées à différentes époques et avec des densités variées par hectare. L'objectif poursuivi a été de produire un grand Montepulciano d'Abruzzo en pur cépage qui ne soit pas conditionné par aucun élevage en bois. En effet, après près de trois semaines de macération et après la malolactique, le vin mûrit en ciment et en acier inoxydable avant d'être embouteillé. Le vin, né en 1997 en assemblage avec 25 % de Cabernet Sauvignon, est progressivement limité au seul Montepulciano, puis abandonne définitivement l'usage du bois. Aujourd'hui, ce Montepulciano se distingue par un fruité net, avec de claires notes de griotte et de cerise noire, accompagnées de bouffées de violette, de café et d'intéressantes notes balsamiques. En bouche, il se caractérise par une facilité de boire jamais banale qui le rend absolument adapté à accompagner un repas complet de la cuisine abruzzaise.
5. le Montepulciano Tonì, ainsi nommé en hommage au père du producteur, est un vin au profil plus élevé et austère. Les faibles rendements à l'hectare en vigne garantissent un fruit de très haute qualité, qualité que l'on retrouve ensuite dans le vin. En cave, après la première semaine de fermentation tumultueuse, le moût est soumis à une macération lente pendant encore 20 jours environ, avec de nombreux remontages. Après le décuvage, le vin affine en barrique de premier, deuxième et troisième passage pendant 12 mois, puis pendant 18 mois supplémentaires en bouteille. Au nez, on perçoit des parfums élégants et profonds, où les notes épicées et balsamiques prédominent sur le fruité confit. À l'examen gustatif, la finesse du tannin et la vive fraîcheur frappent, laissant présager une longue vie à ce vin, qui révèle une persistance et une structure décidément remarquables. Vin qui peut accompagner des plats typiques à base de gibier.
Je salue Luigi en le remerciant pour les émotions qu'il a rendues possibles avec ses vins, en me promettant de laisser une trace de notre rencontre.





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