VINS ROUGES
  • 18 AOÛT 2026
  • 5 min
  • 127 lectures

Barbera d'Asti Tradizione Cantina Saccoletto: Carpe Diem

J'entends encore distinctement le bourdonnement des nombreux participants qui, curieux, s'attroupent autour des stands des producteurs : nez dans le verre, sourires, questions et échanges de bons mots ; le tout parmi les parfums des fantastiques formes de pecorino de l'azienda agri...

Luca Tadeu Ghiara

par Luca Tadeu Ghiara
Sommelier

Barbera d'Asti Tradizione Cantina Saccoletto: Carpe Diem

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J'entends encore distinctement le bourdonnement des nombreux participants qui, curieux, s'attroupent autour des stands des producteurs : nez dans le verre, sourires, questions et échanges de bons mots ; le tout parmi les parfums des fantastiques formes de pecorino de l'azienda agricola Valle Scannese, qui dans un premier temps laissent penser à l'impossibilité de percevoir quelque autre odeur, mais ne font que rendre l'atmosphère plus joviale et décontractée, car ensuite dans le vin, si la qualité est là, ça se sent : et comment ça se sent !

Vient de s'achever à Rome la "Natural Critical Wine – Vignaioli Artigiani Naturali", foire dédiée aux vins naturels, l'un des précieux héritages que nous a laissés Luigi Veronelli, qui dans le manifeste fondateur du projet écrivait : "Nous cherchions la saveur de notre sensibilité planétaire sans nous préoccuper de son savoir, peut-être dans la présomption que nous en avions déjà un. Et alors le premier acte de sensibilité planétaire a été d'interroger le rapport entre savoirs et saveurs de la vie."

Produire un bon vin biologique ou biodynamique requiert assurément un savoir-faire qui passe par une connaissance approfondie de l'écosystème viticole, afin d'amener un raisin beau et sain en cave, ainsi que la capacité de le transformer en vin avec le plus grand respect possible, en adoptant, par exemple, des levures autochtones et une dose très faible de sulfites ajoutés.

C'est avec cette éthique que travaille également Daniele Saccoletto, un homme dont le visage sincère, aux yeux vifs, aux joues rouges et aux mains d'agriculteur expérimenté, en dit autant que ses "Vini pregiati del Monferrato Casalese", comme il tient à le préciser lui-même.

En s'approchant de son stand de dégustation, la première chose qui saute aux yeux est la fermeture des bouteilles : toutes sont équipées d'une capsule à vis. Dans un pays de longue tradition viticole habitué au bouchon en liège classique pour les vins de qualité, la chose est encore digne de remarque et sujet à débat (pour autant qu'il reste non résolu). La faible dose de sulfites ajoutés, de 20/40 mg/l, qui ont une fonction antioxydante, pourrait déjà être une raison valable pour expliquer le choix d'une fermeture hermétique, et elle élimine par ailleurs toute possibilité du toujours menaçant "goût de bouchon".

Le parcours de dégustation s'articule autour de plusieurs millésimes de vins produits avec du raisin Grignolino et Freisa, tous d'excellente facture, frais et équilibrés, aux arômes fruités et floraux prononcés, suivis de quatre versions de Barbera respectivement d'Asti et du Monferrato, proposées dans différents affinements en cuve inox ou en fût pendant 24 mois. Personnellement, la combinaison qui m'a le plus enthousiasmé porte le nom de "Tradizione", millésime 2007, produit avec du raisin Barbera d'Asti issu des longs rangs de la "vigna della Minerva dei Frati" et affiné en cuve inox. Je l'ai tellement aimé que j'en ai acheté une bouteille, pour le déguster tranquillement et en parler mieux. Séduisant dès le bruit sourd qu'il produit à la mise en verre, le vin se présente brillant d'une couleur rouge grenat léger, avec un liseré qui vire à l'orange. La fermeture particulière qui préserve des échanges avec l'oxygène fait qu'il a besoin de plus de temps pour "s'ouvrir", mais le bouquet légèrement comprimé semble désireux de s'exprimer et de se déployer dans toute sa complexité. La rotation du verre pour faciliter l'oxygénation laisse apparaître des larmes fines et marquées, nous rappelant que nous sommes face à un vin titrant 15 degrés d'alcool.

À l'olfaction, une ouverture charnue et hématique accompagnée d'évocations de sous-bois automnal laisse rapidement place à des notes mentholées et fraîches qui s'ouvrent vers des senteurs de fleurs rouges fanées, de poivre rose, de cerises et de prunes, le tout amplifié par une note éthérée rappelant le vernis à ongles et par un cœur qui embaume l'amande. En bouche, la gorgée se révèle pleine et corsée, rendue élancée et facile à boire grâce à la belle acidité caractéristique de la Barbera.

En bouche, on retrouve les notes hématiques sous forme d'une minéralité cinglante, et avec elles tout le bouquet perçu au nez, y compris l'amande qui offre une finale légèrement amère s'accordant bien avec la souplesse générale due à des tanins fondus et peu perceptibles. Vin ample, intense et très persistant, on le trouve aujourd'hui à un stade évolutif qui le rend prêt à boire tout en évoluant vers la maturité. À boire aujourd'hui mais capable de s'exprimer pendant plusieurs années, il pourrait réserver des surprises à ceux qui savent attendre. Détournant la célèbre phrase d'Horace, je suggérerais : "Cueille l'instant ! ...tout en croyant le plus possible au lendemain", ce qui revient un peu à dire : ... mieux vaut acheter au moins deux bouteilles !

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