Le Soave en Vénétie, dans le Latium les vins des Castelli Romani, l'Aglianico en Campanie ou le Moscato di Pantelleria.
Qu'ont en commun ces vins ?
Apparemment rien, mais en profondeur, précisément dans le sol, nous trouvons le dénominateur commun qui rend ces vins uniques dans le panorama œnologique italien et je dirais mondial.
Le sol volcanique. L'Italie, à la différence de ses cousins d'outre-mont, recense une variété incroyable de cépages et de terroirs, des vignes extrêmes en Val d'Aoste avec des altitudes frôlant les 1 500 m jusqu'aux vignes en alberello de Pantelleria balayées par le vent.
Nous réussissons à produire des vins dans n'importe quel endroit accessible – il suffit d'aller en Ligurie sur les terrasses arrachées par l'homme à la terre pour voir de petits téléphériques utilisés pour transporter le raisin vers les points de collecte.
L'Etna représente un laboratoire à ciel ouvert fait de viticulture extrême pour obtenir des vins uniques à base de Nerello Mascalese sur les versants nord d'un volcan en perpétuelle activité.
Les sols volcaniques comptent parmi les meilleurs pour les productions de haute qualité, précisément parce que ces terrains expriment une complexité et une sapidité difficilement atteignables dans d'autres zones, grâce à la richesse en phosphore, magnésium et potassium qui confèrent aux vins minéralité et acidité.
Acidité entendue comme fraîcheur, atout naturel des vins volcaniques, prélude d'une longue vie surtout pour le raisin blanc.
Un Soave de Pieropan, issu du cépage Garganega, mérite d'être attendu quelques années et vous ne regretterez pas cette patience.
Le vin saura vous offrir des notes aromatiques de fruits tropicaux, d'agrumes confits, de tons minéraux et iodés.
Il sera frais, sapide mais aussi crémeux et souple grâce à la contribution sobre du bois.
Sur les terres volcaniques des Castelli Romani, où la Malvasia Puntinata s'exprime au mieux, naît le Santa Teresa de l'Azienda Fontana Candida.
Un Frascati Superiore qui flirte avec les 14 degrés, au nez riche d'agrumes, de fenouil sauvage et de notes miellées bien fondues. Un vin fils de son territoire et en particulier de son terroir.
Sol volcanique signifie aussi sol sableux, né des éruptions, avec une production de cendres très fines.
Souvent, sur ces terres, les vignes sont encore en pieds francs, non atteintes par le phylloxéra, un insecte qui à la fin du XIXe siècle détruisit une grande partie du patrimoine ampélographique italien et européen.
Ces sols se retrouvent en Campanie avec la précieuse zone du Vésuve, les Campi Flegrei.
Mais l'Irpinia est aussi une zone volcanique, avec le Fiano di Avellino, le Greco di Tufo, la Falanghina et le rouge Aglianico di Taurasi – un Aglianico que l'on retrouve sur le volcan éteint du Vulture en Basilicate avec des vins merveilleux par leur complexité et leur longévité.
Si l'on parle d'Aglianico, permettez-moi de dire quelques mots sur le Taurasi Radici Riserva de Mastroberardino, une maison centenaire qui produit l'un des meilleurs rouges italiens.
Un Aglianico dont les racines plongent dans un sol volcanique et qui nous offre un vin solaire, doté d'une force évocatrice, chaud, épicé, tannique et frais.
Vin de longue garde, fils du feu.
Cette même chaleur que l'on retrouve dans le Ben Ryè à Pantelleria, un passito de l'Azienda Donnafugata.
Ce joyau naît dans le vignoble de Khamma protégé par des murets en pierre sèche, où le Zibibbo résiste au vent marin dans des fosses creusées sur un sol basaltique d'origine volcanique. Un passito aux parfums nets d'abricot sec, de caramel d'orge, de romarin et de miel de fleur d'oranger.
Le vin se fait à la vigne, il naît du sol, du vent qui traverse les rangées, de la chaleur de l'été et du froid des nuits, de la sueur du vigneron.
Aucun vin ne sera semblable à un autre.
Un Chardonnay de Bourgogne, qu'a-t-il en commun avec le Chardonnay sicilien de Planeta ?
Rien – même si le cépage est le même, les deux vins auront leur propre histoire et leur propre palette aromatique.
Il est inutile d'opposer cépages autochtones à cépages internationaux, appellations à appellations, ce qui ne fait que semer la confusion chez le consommateur final. Il serait temps de parler de vins des sables, de vins morainiques ou de vins volcaniques, car comme le dit le Professeur Attilio Scienza, titulaire de la chaire de Viticulture à l'Université d'État de Milan :
« La qualité du vin est sous nos pieds ».





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